 |
Vous etes ici: Evénements
Contenu principal:
Rencontre avec Lucie Land, l'auteur de "Gadji", le samedi 27 février 2010 à Bruxelles...
 
 
 
Interview de Lucie Land : l'auteur de "Gadji" paru aux éditions Sarbacane dans la collection "eXprim'":
Qu’est-ce qui vous a poussée à publier ce roman ?
C’est le seul livre que j’aie publié. Ca fait plus de 15 ans que j’écris des histoires, mais je les trouvais nulles, je ne les publiais pas.
Pour Gadji, c’était la première fois que j’aimais bien ce que j’avais fait. Et donc j’ai eu envie de partager. L’important c’est le temps que j’ai pris pour le ciseler. Il paraît qu’il y a des livres qui s’écrivent en quelques semaines. Pour moi ça a été plus long. J’avais plein de notes, prises dans plein de pays différents, 200 carnets que je n’arrivais pas toujours à relire. Et en fait de peur de la page blanche, chez moi c’est plutôt la peur du trop plein, de ne pas arriver à maîtriser le flux Je me suis attelée à la tâche, comme un sculpteur avec un bloc de marbre. Ça a été très long, je ne pensais pas y arriver.
Ce qui me plait le plus à part écrire, c’est la musique. La musique est très présente dans le livre. C’était une demande de l’éditeur. Les auteurs repris dans cette collection sont invités à indiquer quelles musiques ils ont écoutées en écrivant.
Dans quelle mesure le personnage de Katarina est-il autobiographique ?
C’est un roman fait comme avec des fils de couleurs différentes, parmi lesquels il y a quelques fils retirés de ma vie et que j’aurais mis dans mon tapis volant.
Le personnage de Katarina, je l’ai imaginé, totalement, mais je lui ai donné des choses à moi, des pensées que j’avais. Elle n’existe pas, mais je lui ai donné par exemple mon amour des mots, des traits d’humour. En fait quand tu écris tu te mets un peu derrière chaque personnage, c’est un mélange de toi et d’eux.
Dans le roman, pourquoi faut-il que la mère de Katarina meure ?
C’était nécessaire sur le plan romanesque pour créer les conditions du départ. La mère chez le peuple Rom est la base familiale, la pierre angulaire, la personne la plus importante de la famille. Katarina ne serait jamais partie sans la mort de la mère.
Symboliquement, pour avoir une chose, il faut accepter d’en perdre une autre, c’est violent.
Vous sentez-vous proche des Roms dont vous contez l’histoire dans votre roman ?
Ecrire un livre qui parle des Roms, moi j’ai beaucoup hésité à le faire. Bêtement je me disais que je n’avais pas de légitimité, n’étant pas Rom moi-même. Je me suis dit « laissons les Roms parler d’eux ». Mais en fait on a le droit de parler de ce qu’on veut.
La première éditrice (d’une grande maison d’édition) qui m’a appelée m'a posé pour première question -« Vous êtes Rom ? -Non. -Dommage. –Je ne suis pas Rom, mais je suis romancière. – Ah excellent, vous direz ça quand je vous enverrai à la télé pour la promotion du livre.»
Avez-vous des projets ? Un deuxième tome pour les aventures de Katarina ?
On m’a demandé de faire une suite, mais je ne voulais pas. Il y a plein de suites possibles, mais ce n’est pas à moi de le faire, je ne sais pas pourquoi. C’est comme quand tu mets au monde un enfant : ensuite il vit sa vie, pas besoin de le remettre au monde, tu dois lui faire confiance.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de voyager autant, quel a été le déclic qui vous a fait partir ?
Quand j’étais petite, je voulais être reporter comme Tintin. Partir avec un micro dans le monde, rapporter des témoignages.
Sinon, le déclic ça a été la curiosité, évidemment ! Et aussi je me suis rendu compte que le mouvement, comme une fugue en musique classique, ça crée des distorsions. En fait le mouvement dans le paysage, ça devient picturalement intéressant. Je trouve ça beau. La vie en mouvement je la trouve plus belle.
Vous avez peur parfois de vous arrêter de voyager, de vous poser ?
Quand j’ai écrit Gadji, je me suis vraiment posée dans une gare désaffectée. Pour le moment non. J’aimerais bien me poser … mais pour moi un nid c’est plutôt « quelqu’un » que « quelque part ».
J’aimerais bien que les affaires de ma vie tiennent dans une valise. J’aimerais bien aussi me poser quelque part. J’aime bien le côté contemplatif de vivre dans un bel endroit.
Je n’ai pas peur de m’arrêter. Ca peut être les autres qui viennent vers toi. Tu es toujours au milieu d’un carrefour, amené à rencontrer le monde. Surtout aujourd’hui, tu peux te poser partout sans peur d’être isolé du courant de la vie.
J’aime bien les chocs en général : dans la vie on est censés se confronter à des milliers de paradoxes et on ne peut pas choisir : on est obligés d’être à la fois là et là bas.
C’est bien de voyager, mais ça fait mal aux proches ?
C’est vrai. Mais c’est comme s’il y avait des fils invisibles entre les gens qui s’aiment. Je ne vois pas l’éloignement comme une douleur, ou bien si mais comme une douleur qu’on est capable de vaincre. En s’éloignant, on tend les fils, ça devient comme un filet dans lequel on peut tomber. Mais tout le monde n’est pas capable de s’éloigner de sa base. Quand on s’éloigne on est un peu en perte de repère ça fragilise. Moi ça me donne de la force, je rencontre d’autres personnes que je sens faire partie de ma famille. Je ne suis pas seulement attachée à ma famille de sang (contrairement aux Roms pour qui le sang est plus important que tout). J’ai plein de familles.
Quel est le rêve qui vous habite ? Qu’est ce que vous auriez envie de dire aux enfants présents pour les encourager à trouver le fond d’eux-mêmes ?
Il n’y a pas d’exemple à suivre autre que ce que ton propre cœur peut te dicter. Il faut inventer sans a priori, se battre toujours contre ses propres a priori.
Il y a une phrase en anglais qui dit « Ecoute ton père, écoute ta mère mais suis toujours ton cœur… »
C’est tout à fait ça : on peut lire tous les maîtres de la littérature, aller dans tous les musées, avoir des parents magnifiques, des amis, des professeurs… mais on peut aussi savoir exactement nous-mêmes ce qui est bien pour nous. Après, c’est juste une question de peur : on y va ou on n’y va pas…
Fin du contenu principal.
|
|